Dimanche 27 août 2006


La pluie s’abattait sur le bitume chaud créant une atmosphère d’empire en phase de repentence . Le crépitement des gouttes, paradoxalement sec, était constitué d’une infinité de variations aléatoires donnant l’impression d’un signal continu, presque électrique. On aurait pu croire que ce signal était bâti sur le principe d’une onde récurrente révélant la beauté d’un chant sacré à qui savait l’écouter.

 En s’arrêtant, elle avait figé  le temps. Elle se tenait droite, immobile, majestueuse comme une déesse de marbre blanc dans l’humeur d’un réverbère qui distillait chaque grain de lumière méthodiquement dans chaque grain de pluie afin de  pisser  son halo de misère jusqu’à la dernière goutte.

D’aucun aurait pu s’agenouiller devant l’apparition de la Saint Vierge Marie Pleine de Grâce mais le lieu ne se prêtait guère à ce genre de fantaisie. Et quels manquements aux procédures protocolaires, quel déni de classe que d’apparaître sur le trottoir d’une gare. Elle n’était pas, non plus, une amatrice éclairée de la Question Aristotélicienne en quête de sensation tarifées.

Le cynisme de son regard trahissait l’innocence perdue de son âme, c’est à dire la dualité stricte d’éléments complémentaires : l’ombre et la lumière, l’espoir et le désespoir, une chose et son contraire.  Elle appartenait à la cohorte d’entités biologiques, conscientes d’elles mêmes et engluées dans la résurrection perpétuelle des jours ordinaires.
Elle se remit à marcher subitement et disparut derrière le rideau de pluie : le temps reprit son cours.

par Kimberley Morgenstern publié dans : Textes
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